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    O mère

    qu'ai-  je-omis

    O mère qu'ai-je-oublié

    O mère 

    adieu

    avec un long soulier noir

    adieu avec le parti communiste et un bas filé

    adieu

    avec six poils noirs à la verrue de ton sein

    adieu

    avec ta vieille robe et une longue barbe noire autour du vagin

    adieu avec ton gros ventre affaissé

    avec ta crainte d'Hitler

    avec ta bouche de mauvaises historiettes

    avec tes doigts de mandoline pourrie

    avec tes bras de larges véranda à Paterson

    avec ton ventre de grève et de cheminées d'usine

    avec ton menton de Trotsky et de Guerre d' Espagne

    avec ta voix chantant pour les ouvriers épuisés pourissant

    avec ton nez de mauvaise baiseuse avec ton nez d'odeurs de cornichons de Newark

    avec tes yeux

    avec tes yeux de Russie

    avec tes yeux de manque d'argent

    avec tes yeux de fausse porcelaine de Chine

    avec tes yeux de Tante Elanor

    avec tes yeux d' Inde famélique

    avec tes yeux pissant dans le parc

    avec tes yeux d' Amérique qui ressent sa chute

    avec tes yeux d'échec devant le piano

    avec tes yeux de parents en Californie

    avec tes yeux de Ma Rainey mourrant dans une ambulance

    avec tes yeux de Tchécoslovaquie attaquée par les robots

    avec tes yeux qui vont à un cours du soir de peinture au

    Bronx

    avec tes yeux de meurtrière grand mère que tu vois 

    sur l'escalier de secours à l'horizon

    avec tes yeux sortant toute nue courrant et hurlant dans le

    corridor

    avec tes yeux emmenée par les flics dans une ambulance

    avec tes yeux ligotés sur la table d'opération

    avec tes yeux de pancréas amputé

    avec tes yeux d'appendicite

    avec tes yeux d'avortement

    avec tes yeux d'ovaires enlevés

    avec tes yeux d'électrochoc

    avec tes yeux de lobotomie

    avec tes yeux de divorcée

    avec tes yeux coups de sang

    avec tes yeux solitaires

    avec tes yeux

    avec tes yeux

    avec ta Mort couverte de fleurs


    Extrait de "Hymmnn" Allen ginsberg 10/18 Christian Bourgois.

                                                              



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  • Commentaires

    1
    Dimanche 18 Octobre 2015 à 15:44

    Bonjour Volodia ! Je viens de parcourir - un peu, je veux en garder pour un autre jour- ton blog, invitation au voyage, tant kilométrique que poétique.... Il y est beaucoup question de mort, de Femme, et l'on sens aussi la tristesse, non même pas, je crois que c'est l'angoisse...non... Mais bon, la langue française n'a pas assez de mots pour moi pour dire vraiment tout ce que je voudrais... Peu importe, je te rejoins souvent dans tes goûts, tes interrogations, la mort qui s'interpose entre deux virgules, la mort que l'on cherche ou que l'on repousse, la mort qui nous fascine. Je l'ai longtemps attendue et elle n'a pas voulu de moi ; alors je suis encore ici pour te lire et voir les magnifiques photos de pays que, peut-être je ne connaitrais jamais.

    Merci infiniment pour le voyage que je viens de faire

    Bien amicalement. Danielle

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