• Langon: la Chapelle St Agathe: Une étude archéologique.

    Langon: la Chapelle St Agathe.

    Quelle belle discipline que l'archéologie!

                    Une salle de bains de l'époque gallo-romaine

    L'étude minutieuse menée sur les murs à partir des matériaux et des mortiers a permis de reconstituer l'histoire de cette chapelle en déterminant plusieurs phases de construction. L'édifice est constitué de trois bâtiments principaux aux formes et aux fonctions diverses qui se sont succédés pendant 1800 ans.

    Au premier bâtiment correspond la partie des murs les plus soignés et construits avec des petits moellons cubiques en grès brun, séparés par d'étroits joints de mortier décorés d'une ligne en creux. A intervalles réguliers, des cordons de tuiles rouges plates viennent donner de la cohésion à l'ensemble. Il s'agit d'une technique de construction en opus mixtum qui est en usage dans le monde romain au IIème siècle après JC. De cette construction romaine , seule une salle rectangulaire et une abside voûtée en cul de four distribuée à l'intérieur par une superbe arcade de brique subsistent. De plus sur cette même voute, a été partiellement conservée une peinture représentant Vénus.

    Concernant la fonction originelle de ce bâtiment les dernières recherches menées en 1996 ont permis d'identifier ces élévations comme les restes d'un établissement thermal. De ce dernier, trois pièces, une partie du système de voûtement et un axe de circulation peuvent être restitués.

    Quant à l'abside elle correspond à la salle froide appelée frigidarium. Enfin l'étude approfondie menée sur la peinture par des spécialistes a permis de conforter cette hypothèse. Selon eux elle correspond à l'un des thèmes de prédilection des romains por le décor de leur salle de bains et aurait été réalisée à des fins ornementales. Ces thermes probablement de petite dimensions appartenaient probablement à un riche propriétaire foncier dont la résidence devait se situer à proximité peut être sous l'actuelle église du village. En effet en contrebas dans un jardin des restes de maçonnerie gallo-romaines ont pu être observés.

                      Une église paléochrétienne Sainte Vénus.

    Au cours du 4ème siècle, de nombreuses villas sont définitivement abandonnées, livrées au pillage, démontées ou bien réutilisées comme ce fut le cas à Langon et dans d'autres villes comme Entrammes. La réutilisation partielle ou totale des bâtiments d'origine gallo-romaine montre que les techniques romaines ont gardé au cours des siècles qui ont suivi, tout leur prestige et sont restées une valeur de référence.

    Quand les premières communautés chrétiennes se constituent dans la région de Langon à partir du 4ème et 5ème siècle, elles trouvent dans ces thermes le plan idéal pour une petite église avec son abside tournée vers l'est. Les fidèles sur élèvent les murs en imitant l'appareil romain, percent des fenêtres, détruisent la partie centrale pour y aménager un clocher de 7 à 8 mètres de haut et enfin masquent la peinture romaine par une représentation au trait rouge sur fond blanc du Père éternel.

    Cette peinture reproduite par Charles Langlois avant qu'il ne la détruise en 1841 était l'un des plus anciens témoignage de la peinture chrétienne en Bretagne du 6 ou 7ème siècle.

    Le catulaire de l'abbaye de Redon nous livre en 838 le nom de cette église <ecclesia Sancti Veneris>. Ce vocable transformé en Vener (du breton signifiant Venus) puis francisé en Vénier signifie Eglise Sainte Vénus.

    Selon C.Chaigneau il s'agit d'un exemple exceptionnel d'assimilation du nom de la déesse du panthéon romain par la nouvelle religion chrétienne sans doute dans le but d'une conversion en douceur des populations locales.

    A proximité de cette église, ont été découverts en 1954 de nombreux sarcophages en calcaire coquiller. Ils étaient en usage au cours des 6ème et 7ème siecles dans les régions de haute Bretagne qui n'avaient pas été occupées par les bretons. Toutefois on ignore si cette nécropole a précédé ou non la transformation du bâtiment romain en église.

    La petite stèle placée au dessus de la porte, retrouvée lors de fouilles dans la chapelle est d'origine funéraire. Cette nécropole ne va cesser de s'étendre pendant tout le Moyen Âge. Au début du 19ème siècle le cimetière occupe l'espace compris entre l'église et la chapelle. A partir de 1842 il est translaté à l'extérieur du bourg pour des raisons économiques( aménagement d'une place de marché) et hygiéniques.

          Une chapelle funéraire au coeur d'un groupe paroissial. 

    Lorsque les moines de l'abbaye Saint Sauveur de Redon deviennent les seigneurs du territoire de Langon au 9ème siècle, ils décident la création d'un nouvel autel dédié à St Pierre. Ce dernier va supplanter l'église Sainte Vénus en devenant le centre spirituel d'un espace sacralisé aux limites bien définies.

    L'église Sainte Vénus est alors convertie en chapelle funéraire, rôle qui sera le sien jusqu'au 18ème siècle. les murs de la nef sont partiellement arasés, le clocher central est remplacé par les murs actuels.Une porte ceintrée est percée au sud.

    Au 11ème siècle lors de la reconstruction de l'église Saint Pierre et Paul, les moines placent l'entrée principale face à la porte de le chapelle et plaquent ensuite sur chacune d'elles un gable triangulaire en grès brun dit roussard, minéral déjà présent dans les murs de la chapelle et le chevet de l'église. Ainsi par l'emploi de matériaux identiques, dont l'usage remonte à l'époque romaine, les moines ont la volonté d'appliquer sur chacun des deux monuments un même style architectural créant une homogénéisation esthétique parfaite de l'ensemble paroissial, assurant la continuité d'un programme monumental aux origines prestigieuses.

    Au 1èème siècle les enfants sont enterrés à proximité ou à l'intérieur de la chapelle. Au siècle suivant, l'église remplace le vocable de Vénier par Agathe, sainte officielle du panthéon chrétien qui eut les seins coupés. Peu de temps après un pèlerinage très particulier y a lieu: des nourrices implorent cette sainte en faisant 7 fois le tour de la chapelle, afin de pouvoir allaiter. Il perdure jusqu'au milieu du 19ème siècle. Mais très vite ce pèlerinage est dénoncé comme étant contraire à la dignité de la religion et l'église finit par interdire cette pratique puis la chapelle est finalement désaffectée.

    Lors de la révolution la chapelle est convertie en Temple de la Raison, puis en salpêtrière. Sous la monarchie de juillet, le maire souhaite en faire une salle de classe en y accolant la maison du maître d'école. Ce projet est vite abandonné et elle sert d'entrepôt dans lequel les ouvriers qui restaurent l'église du village viennent éteindre leur chaux. C'est alors qu'une terrible menace pèse sur la chapelle. Un rapport de l'inspecteur des Monuments historiques indique au sous préfet de Redon" qu'elle est dans un état déplorable et que le curé a l'intention de l'abattre". Aussitôt un jeune architecte de Rennes Charles Langlois est envoyé en 1839 avec pour mission de réaliser des devis et des plans de restauration. En poursuivant ses recherches concernant des traces de peinture ancienne sur la voûte de l'abside il a miraculeusement découvert Venus sortant des eaux.

    C'est l'association Arcade qui a réalisé ce document en s'appuyant sur différents travaux de recherche.

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 31 Décembre 2016 à 08:37

    Tu as fait un beau périple Volodia. Merci pour ces explications très intéressantes, il y a tant à voir et à apprendre en Bretagne.

    Je te souhaite une heureuse fin d'année, bises.

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